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13/10/2015

Ce serait comme un hommage...

Ce serait comme un hommage. Des décennies de compagnonnage, de rencontres plus ou moins espacées, de conversations téléphoniques, mais jamais de courriels. Souvenirs intacts : dans sa cuisine, ses longs doigts râpant les carottes (et la râpe immédiatement lavée, essuyée, rangée), au salon servant le thé sur la table basse en rubans d'aciers tressés, et son rire, qui lui plissait les yeux, avec une légère retenue, le corps un peu penché en avant. C'est qu'elle était grande et paraissait quelquefois encombrée par son corps pourtant mince. Sa voix, si reconnaissable, dont sa fille a (partiellement) hérité. Éteinte la voix, éteint le regard, elle ne volera plus au chevet de l'un ou l'autre membre de sa grande famille. Je n'ai jamais perçu chez elle l'articulation du devoir et du plaisir. Où commençait le devoir ? Avant le plaisir ? Ce qui devait être fait était fait. Sans hésitations, sans récriminations. À l'entendre, tout était simple. Vertu du sens du devoir, dans une tranquillité d'esprit absolue. Des failles ? Oui, mais exprimées très vite, à peine exprimées en fait. Il fallait tendre l'oreille pour saisir ces fêlures. Elle ne disait rien qui puisse remettre en cause l'organisation de sa vie. Elle disait qu'elle était une privilégiée, et sans doute l'était-elle. Mais rien n'arrête la mort, cette visiteuse mal polie qui entre sans frapper. Je mesure la perte, mais aussi la vivacité et la présence des souvenirs, sorte de contrepoids à la mort. La perte : plus jamais. Le souvenir : à jamais.

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