08/06/2015
Le tafé...
Il y avait deux ou trois pauvresses qui faisaient partie des pratiques charitables de ma mère. L'une d'elles passait régulièrement quémander "un peu de tafé", s'il vous plaît, et du "tautiton". Nini avait un petit défaut de langue qui a marqué nos mémoires d'enfants. Sa consœur de misère arrivait les soirs d'hiver à l'heure de la soupe. "Julienne, vous prendrez bien la soupe avec nous ?" disait ma généreuse mère. Je dis généreuse, pas pour la soupe, mais parce que Julienne sentait horriblement mauvais. On lui attribuait toujours la même chaise, à elle seule réservée. Je suppose qu'à sa mort on a brûlé la chaise définitivement empuantie. Que faire d'autre ? On ne lui a jamais proposé de prendre une douche, on l'aurait vexée, et elle se serait privé de ce petit réconfort de soupe et de fromage, réconfort dont elle avait bien besoin.
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09/04/2015
La cabine téléphonique
Zélie Luc tenait la cabine téléphonique (dans ce village, au moins 11 vieilles dames s'appelaient Zélie) poste important. Dans ce temps d'avant l'automatique, le téléphone coûte cher, on l'utilise de façon parcimonieuse. La cabine transmet les appels aux quelques abonnés, de 8 heures à 12 heures, et de 14 heures à 18 heures. En dehors de ces heures, c'est notre téléphone qui assure le lien avec le monde, nous sommes "reliés". Mais Zélie Luc a un jardin, des poules, et ne peut rester en permanence devant son "standard". Et puis brancher la fiche est un geste à ses yeux un peu inutile. Nos appels sonnent souvent dans le vide, et ma mère cherche alors un enfant disponible pour courir chez Zélie lui rappeler son devoir de téléphoniste. Zélie tête en l'air ou peut-être pas très bien intentionnée à notre égard ? Le doute est permis. Elle est surtout très curieuse et écoute les conversations, se trahissant parfois par une toux mal contrôlée ou même en intervenant, sans le vouloir vraiment, et puis on est entre nous, on se connaît, non ? L'entendre dicter un télégramme était un moment de bonheur : Béatrice Odile Nestor deux fois, Élise plus loin Anatole Noémie deux fois Élise deux fois, c'est-à-dire "bonne année"... Tout cela n'est pas si lointain. Un peu plus de soixante ans, à peu près. Un jour, Zélie n'a plus rien eu à faire ni à écouter. L'automatique était arrivé dans notre campagne. Les télégrammes, dont nous faisions grand usage, ont disparu aussi, comme a disparu notre mini central téléphonique, explosé par la foudre un soir d'orage. Ce n'est pourtant pas la foudre qui l'a fait disparaître. Je sais très bien quelles mains se sont emparées subrepticement de ce bel objet d'un autre temps...
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05/04/2015
Chemin de croix
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04/04/2015
Le froid
Toujours froid aux pieds, dans ces printemps maussades d'autrefois. Nous, les enfants, étions si mal chaussés. Nous ne manquions pas de l'essentiel, en ces difficiles années d'après-guerre, grâce à l'ingéniosité de ma sœur aînée, si adroite pour transformer en vêtements plutôt coquets les vieilles pelures familiales et restes de coupons d'avant-guerre. Mais pour les chaussures, elle ne pouvait rien.
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